« 2 mai 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 113-114], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7757, page consultée le 06 mai 2026.
2 mai [1841], dimanche matin, 10 h. ¾
Vous avez oublié de prendre mes lettres, vilain Toto, et vous continuez à ne pas
venir du tout le matin, ce qui comble la mesure de vos turpitudes. Pour un rien je
me
fâcherais tout rouge et je ne vous écrirais pas. Malheureusement ce n’est pas vous
que
j’attraperais à ce compte-là, aussi je me prive de cette punition qui ne punirait
que
moi.
Claire est à la grand-messe, elle ira tantôt
à vêpres et demain matin elle rentrera à la pension. Voilà la somme de jouissances
et
de réjouissances que nous lui aurons procuréea, à moins que tu n’aies le courage de venir nous chercher ce soir
pour voir les illuminations1, ce qui me comblerait de joie pour mon compte
personnel et je lâcherais avec enthousiasme tous les Pierceau et tous les Triger de
la nature mâles et femelles2 pour me pendre à votre joli petit bras. Mais je
suis si peu chanceuse que je n’ose pas me promettre ce bonheur-là.
J’attendrai à
demain, mon amour, pour finir de copier l’album vert3. Tous ces
jours-ci, y compris celui-ci, cela m’aurait été difficile mais demain et jusqu’à ce
que ce soit fini je ne quitterai pas la plume. Je baise celles de tes ailes en
attendant et je t’adore mon cher petit Toto.
Juliette
1 Ces festivités ont lieu en l’honneur de la fête du roi Louis-Philippe, célébrée le 1er mai, jour de la saint Philippe. À cette occasion, l’écrivaine Eugénie de Guérin, dans une lettre à son frère M. de Guérin du 29 avril 1841, précise : « Ce soir, peut-être, aurons-nous la pluie avec le feu d’artifice pour la fête du roi. En passant par les Tuileries, j’ai vu les préparatifs, probablement tout ce que je verrai de la Saint-Philippe. « On apprend aussi, dans la Lettre circulaire sur la fête du roi [Louis-Philippe Ier] et le baptême du comte de Paris [Louis-Philippe-Albert d’Orléans], parue le 19 avril 1841, que : « Le Roi a désiré que le jour de sa fête fût aussi celui du baptême de son petit-fils, le Comte de Paris. » Enfin, une affiche de la ville de Troyes sur la fête de 1843 mentionne pour l’occasion des coups de canon, des cérémonies, des obligations de propreté pour la ville, des édifices « illuminés » et des maisons décorées de « drapeaux tricolores ».
2 C’est en général le dimanche que Juliette reçoit la visite de ses connaissances et de ses quelques amies qui viennent dîner chez elle. Il s’agit surtout de Mme Triger, de Mme Guérard, de Mme Besancenot et de Mme Pierceau. Mais à ce moment-là, elle accueille aussi régulièrement le docteur Triger qui la suit et lui a prescrit un traitement contraignant pour soigner ses nombreux soucis de santé.
3 C’est l’un des albums où Hugo écrit le brouillon de ses futures œuvres.
a « procuré »
« 2 mai 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 115-116], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7757, page consultée le 06 mai 2026.
Dimanche 2 mai [1841], après-midi, 2 h.
Je t’écris de bonne heure ma seconde lettre, mon amour, parce que je ne veux pas m’endetter dans le cas où j’aurais des dîneuses aujourd’hui.
Claire ira tout à l’heure à vêpres, en
attendant elle pianotea tant
qu’elle peut. Je voudrais savoir ce que ma Dédé a dit de sa poupée et de son petit diable. Elle a dû être un peu
ébouriffée car c’est très bien fait et très gentil. Je sais bon gré à Claire de penser
et d’aimer cetteb enfant, c’est une
preuve de sympathie entre nous dont je suis très heureuse1.
Mon Toto, mon Toto, je voudrais bien que tu
puissesc nous faire sortir ce soir,
j’étouffe de chaleur2, je crève de santé et j’ai un
mal de tête fou. Et puis mon Toto bien-aimé, une autre raison bien plus raison que
toutes celles ci-dessus, c’est que je t’aime et que je n’ai de joie et de bonheur
qu’avec toi. Ainsi mon petit bien-aimé, tâche de venir ce soir, tu feras une bonne
action et une Juju bien heureuse. Je baise tes chers petits pieds adorés.
Juliette
1 Juliette et Claire pensent souvent à Adèle, la plus jeune des enfants de Hugo qui semble être leur préférée, et lui font parfois de petits cadeaux comme des dessins, des poupées ou des fleurs.
2 Eugénie de Guérin, toujours dans sa lettre du 29 avril, mentionne aussi qu’il fait « 28 degrés de chaleur, c’est extravagant pour Paris, au 1er mai ». Juliette confirmera cette température dans sa lettre du 3 mai au matin.
a « pianotte ».
b « cet ».
c « puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
